Retour, destination Sète

Retour, destination Sète

Aveiro, 19 juillet :

Dernier jour du Festival dos canais, on passe une belle journée Romain et moi, et profitons d’un super spectacle de rue dans lequel Romain a touché du doigt l’expérience de la scène, invité une quinzaine de minute par le clown.

Le lendemain nous nous sommes attelé aux activités de préparations : courses, rangement, eau, essence.

Norberto, propriétaire d’un des bateaux du quai, un portugais qui parle français, ayant voyagé et travaillé en France, nous file la main, et nous amène en voiture jusqu’à la station essence.

Et puis, de discussion en discussion je me trouve à ramasser dans son jardin des tomates cerises, des maracudja, des pommes et des poires … Le trésor du lundi matin et les surprises et cadeaux de la vie.

Romane nous rejoint en début d’aprem, un peu claquée de son voyage en bus. Je lui montre sa cabine, et explique certaines bases obligatoires du premier jour. Chaque chose en son temps.

Avec une marée haute prévue à 16h30, nous larguons les amarres à 17h pour rejoindre la baie de Sao Jacinto à l’estuaire du rio d’Aveiro et y passer la nuit. Manœuvre sans soucis, pas de galère, et avec un courant montant encore présent nous voici de nouveau au moteur contre le courant …

Je pense que j’ai encore des trucs à comprendre au sujet des horaires de marées sur internet !!!

C’est une première en bateau pour Romane et malgré l’envie, son inquiétude est bien présente. Elle passe sa première nuit dans la yourte car dans sa cabine, seul la fine paroi de 2cm sépare l’eau des oreilles et les bruits des vaguelettes, des crevettes et autre peut être particulièrement stressant en début de séjour.

Le matin la brise se lève, nous hissons les voiles qui se gonflent, légèrement, et on avance !

Romane, de son côté, ressent le mal de mer et passe pas mal d’heures allongée dans les filets après avoir tenté de participer à la vie à bord par le nettoyage de la vaisselle sale.

Puis sauvée par les biscuits elle parvient à nous rejoindre et tente de barrer alors que nous dépassons la reserva natural das Berlengas au large de « Peniche ».

Petit jeu Charlie : parvient à dénicher le fort sur cette photo de l’île !

Au bout de sa première heure de barreuse, nous faisons un aller-retour sur notre même trace… Nous analysons se déplacement « au point mort » du fait d’un courant contre nous et non d’une erreur de barre.

Les nuits passent entre Romain et moi au rythme de quarts de quatre heures et les journées s’enchaînent en quart de trois heures partagés à trois, 60h, 243 miles à une vitesse moyenne déprimante de 4,03 nœuds.

Nous jetons l’ancre à Sagres où nous rejoignons Bots et son bateau ( voir : escale allée en octobre 2025 à la Guadiana).

Après une soirée joviale et une nuit reposante, le vent se lève. À 12h, nous sommes tous surexcités en voyant les moutons apparaîtrent au sommet des vagues, levons l’ancre et hissons les voiles avec plaisir.

Malgré les paris et discussions de la veille il apparaît que c’est le nouveau bateau de Bots – cette fois-ci – qui avance plus vite !

« Attends attends, on reviendra, moins chargé_e_s!!!!, on recommencera !»

Nous avons pris des ris, avançons grand largue, ça pousse, ça fait du bien !!

Nous maintenons une navigation le long des côtes pour tenter d’éviter la rencontre possible avec les orques, et même avec les quelques miles rajoutés, nous parvenons à l’entrée de Gibraltar en 22h avec une moyenne de 7,6 nœuds ! Ça, ça fait du bien !

Romain, de nuit en nuit apprend, et grâce aux dessins de réglages de voiles effectués à sa demande est de plus en plus autonome.

De son côté, Romane assure maintenant quatre heures de quart le matin nous permettant à Romain et moi de récupérer de nos nuits. C’est toujours bon une équipe !

Bref, à 12h, le 25 juillet nous approchons du détroit de Gibraltar.

Quelle porte … Quel fin passage entre deux cap, entre deux continents si près l’un de l’autre.

Le Détroit de Gibraltar

D’abord Tarifa en douceur, vent arrière à 10 nœuds, croisement de la route des ferries, puis accélération du vent et nous passons le rocher de Gibraltar sous des rafales à 25 nœuds.

Ce couloir du détroit de Gibraltar fait toujours réviser les priorité et le « code de la mer » : entre les cargos au mouillage, ceux dans le chenal, les bâteaux à la voile bâbord amure, et les bateaux de pêche en activité disons que ça revient à passer le permis de conduire dans une capitale à l’heure de pointe.

Ça y est, on est en méditerranée ! Bon, et les orques me direz-vous, ben au final on n’en a pas vu.

Nous restons très partagés entre la déception de ne pas avoir pu observer ces mammifères qui semblent si splendides et notre plaisir de ne pas avoir subit une rencontre compliquée !

En tous les cas, moi j’suis rassurée, ce stress-là c’est terminé !

Au bout de quelques heures le vent faiblit et alors que nous atteignons le fameux « Capo del Gato » et ses coup de vent légendaires, nous n’avançons plus et sortons les cartes…. de jeux .

Le jeu de tarot à trois reste une occupation agréable tant qu’il n’y a plus rien à faire.

Rien à faire ? FAUX ! :

– regarde, des ailerons, purée, c’est quoi !!!

Nous sortons attentifs et tentons de comprendre ce que pourraient être ces deux ailerons si proches l’un de l’autre.

Vu depuis l’air on n’y comprend rien, donc nous nous jetons à l’eau équipé_e_s de masques et tubas pour observer de magnifiques raies « Aigles géantes » ou « Diable de mer méditerranée » ou encore « Mobula mobular » qui finalement pour des gens non scientifique comme nous ressemblent tout à fait à des raies Mantas ! Autant dire que vivre la pétole, sans allumer les moteurs et en attendant le vent avec patience, c’est parfois payant  !

Ce moment se finit au coucher du soleil par la visite de trois groupes d’une trentaine de dauphins qui passent les uns après les autres à l’étrave de MangeNuage.

Encore un cadeau de la nature. Qu’est ce que c’est bon !

Au coucher du soleil nous avançons sous une petite brise de Nord-Est et cette fois-ci, cap plein nord. Le passage des cargos et notre visite par curiosité autour d’une bouée scientifique rythme notre parcours, nous nous approchons de Carthagène et alors que nous y arrivons, nous prenons la décision de rallonger sans escale jusqu’à Ibiza où nous passerons dire bonjour à des amis habitants dans des maisons troglodytes de l’île.

Avec un vent de face il nous a fallut 16h pour passer le cap de Carthagène à tirer des bords le long du littoral puis le long du chenal pour éviter les cargos.Et finalement avec le cap plein nord, nous avons atteint la zone de vent Est Sud-Est et nous sommes parvenus à mettre le cap sur Ibiza.

Et puis, finalement alors que nous atteignons la baie tant attendue de Cala d’Hort, nous franchissons une frontière entre la zone avec le vent et la zone sans vent . Nous bataillons pour rester du bon côté et atteignons le littoral.

Quelle différence entre la navigation avec quelques nœuds de vent sans personne autour, et une arrivée où il y a des rafales, des bateaux à moteurs partout, et une baie non connue avec une vingtaine de bateau au mouillage. Je ne suis pas fière de cette arrivée où je n’ai pas assez anticipée les manœuvres et où le stress était trop présent.

Alors que nous jetons l’ancre dans la baie, et que nous sommes attentifs-ves à la fois à son accroche et aux bateaux voisins, une petite annexe se dirige vers nous. C’est Denis !

Denis Kergomard, l’architecte du bateau, qui nous fait la surprise de nous rejoindre ici !! Incroyable !

Pause restaurant, amené-e-s dans un endroit sympa dans les terres. Puis visite de Zack et Stuart, nos potes « troglodyte ». Le lieu est superbe, face à la « Isla de es Vedra », dans un calme apaisant.

Ici, l’eau douce est précieuse et ce n’est pas avec simplicité que nous parvenons à prendre 40l de marge d’une eau presque croupie qui ne donne pas envie.

Après l’hésitation de rester quelques jours pour découvrir l’île et partager un peu plus de temps ensemble, finalement nous partons le lendemain, à quatre : Denis embarque.

Le 30 juillet nous longeons l’île au moteur, déventé par des falaises superbes qui ressemblent aux Calanques, nous visons le bout de l’île et ses jolis petits moutons qui nous promettent un vent bien établis.

Les voiles se gonflent, les moteurs sont relevés et c’est repartis, cap sur Barcelone pour tenter de rejoindre une autre zone où la météo prévoit des vents qui, nous l’espérons, nous amènerons au cap Creus.

Sur notre route, nous croisons pas mal de cargo dont un venant de Sète !!!! Puis nous longeons le littoral grâce au vent d’Est attendu, reste de tramontane qui s’engage dans une zone anticyclonique.

Nous passons le Cap Creus alors que des orages éclatent dans les terres et grâce à un vent de sud-Est nous mettons le cap sur Sète.

Ça y est, dernière nuit, il faut profiter de ce que l’on aime, après c’est fini, on va arriver. Personnellement je suis bien contente du dernier quart !

Romane grimpe en haut des mâts, Romain, lui, se baigne, Denis sieste, tranquille et moi je transforme le M en N de mon spi Fleury Michon (© Pir): pour que Pierre – qui sera sur le môle – ne nous confonde pas avec une marque de jambon !

Ça y est, on voit Sète !!!! C’est OUUUUFFFFFF.

12h30 : j’envoie notre position à Pierre.

Arrivée par Pierre :

J-1 : Cela fait 10 mois que j’y pense, à ce retour, l’accueil sur le quai, les bras en l’air, ou bien debout sur le môle à la jumelle, à observer les quatre voiles de MangeNuage qui se dirige vers moi.

À priori, ils et elles arrivent demain aprem, Anne me préviendra dès qu’elle aura du réseau, ce qui me laissera encore au moins deux heures pour aller sur place.

Depuis plusieurs jours, j’ai envoyé des messages aux ami-e-s, et donné rendez-vous pour fêter cette arrivée et boire un coup sur le quai (sûrement le quai d’Alger).

Pas mal ont répondu présents et sont en attente d’infos plus précises sur l’heure d’arrivée.

J-j : À 12h30, je reçois une position, et comme d’hab’, la copie, l’enregistre sur la carte, et mesure la distance qui sépare le voilier de Sète. Il leurs reste environ 14 miles et comme prévu j’ai au moins deux heures avant leurs arrivées.

Les courses sont faites, je charge la voiture, préviens les copains, et pars vers le quai d’Alger. Les autres m’attendent à l’Olivier pour boire un coup et s’organiser.

J’abandonne l’idée d’aller sur le môle car j’ai peur de louper l’arrivée à quai en passant trop de temps à traverser la ville à pied.

On attendra quai d’Alger et ce sera parfait.

J’envoie un message à Anne : « On est à l’Olivier et on vous attendra au quai d’Alger. Vous en êtes où ? »

15h40 : On commence à s’agiter, et par acquis de conscience je tente d’appeler Anne, Romain, Denis ; Denis répond :

– Mais alors ? Vous êtes où ?

– Arrivé-e s à quai, amarres frappées.

– Oh merde !

Je raccroche et pars assez rapidement vers le quai d’Alger. Les autres me suivent.

Le reste est assez banal, retrouvailles chaleureuses, embrassades, émotions, champagne.

Il fait beau, la vie est belle et j’ai loupé l’arrivée du bateau de ma chérie. (Caramba)

Arrivée par Anne :

La colline se rapproche lentement, ça fait longtemps que j’y pense à ce moment, j’en ai imaginé beaucoup des scènes d’arrivées, et là on y est, ça y est, Sète est là, dans quelques miles !!! Je range du bordel pour anticiper et ne pas avoir à le faire plus tard, quand il y aura les copains sur le quai et Pierre. Le vent n’est pas parfait mais Denis propose d’envoyer le spi. J’suis d’accord, j’en ai trop envie !On le hisse, on parvient à maintenir le cap sur le théâtre de la mer sans avoir le spi qui fasseille. Plus on s’approche, plus on aperçoit du monde sur l’eau et avec, le stress arrive même si je connais Sète ! Avant de me faire dépasser comme à Ibiza je propose d’affaler la trinquette qui reste. Nous apercevons un ketch étrange qui semble être à l’arrêt.

En le dépassant, je comprends que ce sont des copains, ils semblent vouloir nous parler. J’allume le VHF, et tente de proposer le canal 6 :

– Coucou bienvenu ! On est trop contents de vous voir !! Bon retour !!

Je réponds touchée, mais sans avoir compris qui était à bord. Une fois que nous les dépassons ils relancent leurs bateau.

À l’avant un autre bateau à moteur semble au mouillage, des jet skis s’annoncent côté bâbord, un autre voilier prend la direction de l’entrée du port. Je reste concentrée, la main sur la barre.

Nous affalons le spi, et installons les moteurs, alors que nous les allumons nous sommes de nouveau rattrapés par le ketch et là je reconnais le barreur : Thomas, le photographe qui nous suit depuis 2021 et qui a créé le film sur la création de spectacle à bord de MangeNuage , sa femme Sophie et leurs fille Maïlice.

Purée, je suis touchée de leurs présence et gêné d’avoir raté ma conversation avec eux à la VHF.

Nous passons le môle, il y a du monde partout comme tous les dimanche du mois d’août à Sète, des pêcheurs au bout de la digue, des jets skis, des bateaux de location, des bateaux au mouillage sur la plage du brise lame.

À la VHF je demande l’autorisation d’amarrer MangeNuage sur le quai d’Alger en attente de l’ouverture de ponts, il nous est répondu d’attendre la sortie du bateau scientifique en cours.

Petit à petit, nous approchons ; sur le quai il n’y a personne, je suis un peu étonnée, je ne m’attendais pas à cela, en même temps je suis concentrée sur la manœuvre amarrage et la décrit avec le plus de précision possible à l’équipage.

Les pare-battage sont installés, les amarres en place, nous nous présentons aux énorme bouées du quai. Romain, saute, Denis aussi, les amarres sont frappées, nous assurons l’amarrage et ajoutons des gardes. Je me demande où est Pierre. Le téléphone de Denis sonne, il répond :

-Arrivé-e s à quai, amarres frappées.

Il raccroche et me dit :

– C’était Pierre, il m’a dit qu’ils sont à l’Olivier !

C’est là que je vois Pierre arriver par la grille du quai.

Je lui saute dans les bras en courant, comme dans les films et franchement, c’est trop bon !!!!

Ensuite il y en a plein qui arrivent, tous les copains de la grimpe, les potes de Romain, Juliette, la metteuse en scène, ils ont amenés à boire, à manger des bons fromages, des gâteaux succulents. Ils installent une table à l’ombre Du Palmier du quai et on trinque.

C’est Ouf, chargé, trop bon, merci merci merci les copains.

À partir de là, tout s’est déroulé tranquillement, deux heures sont passés, à sourire, discuter et rire puis nous avons de nouveau largués les amarres pour passer les ponts et rejoindre la place 33 du quai Maillol, où nous avons continuer à boire, manger, discuter et rire.

Même ma mère, avec ses yeux de laser, nous a vu arriver à Sète depuis la Réunion !!!

Dada ou « Dérives Autour De l’Atlantique » est terminé, en tous les cas physiquement ! Maintenant il ne reste qu’à créer comment la raconter, cette aventure !!!

Aplus !!!!

4 Comments on “Retour, destination Sète

  1. Avec un passé et sans lendemain
    elle vit au jour le jour
    bercée par son rêve d’atteindre le ciel et croquer ses nuages
    du haut de ses mâts balancer toujours
    Farandole en l’air et clin d’œil aux dauphins

    fragile mais tenace elle retrousse ses manches
    hier pourfendeur des océans
    entre ses doigts agiles demain sera
    la piste aux étoiles mangeant les nuages

    Farandole en l’air et clin d’œil aux dauphins

    quand le soir s’avance
    blottie au fond de ses bras aimants elle réchauffe son âme
    éclairés par la lune ils puisent ensemble la mélodie de leur bonheur
    par-delà les étoiles

    farandole en l’air et clin d’œil aux dauphins Mari-sans E-

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