La transat des warriors (ouai ouai!)

Jour 1, lundi 11 mai :

Hier, nous avons passé les ponts de la lagune de saint Martin, et nous sommes sorties par le côté hollandais (sans payer les ponts hihi, comme des pirates ; yes !! ). Nous voilà ce matin à régler un tout petit détail technique : notre abonnement pour envoyer des mails par les satellites grâce à iridium go a expiré. Depuis quatre jours nous tentons de le renouveler, mais pas de réponse par mail, pas de réponse au téléphone et même après un paiement par Anne, rien ne fonctionne, impossible de le réactiver…

Nouvel achat, création d’une nouvelle adresse, mail test, réponse de Yann – notre référent météo- et zai c’est bon, on met les voiles.

14h, il y a une légère tension de départ dans l’air quand-même : on part pour notre première transatlantique retour autant les unes que les autres, donc il y a un truc impressionnant, nos cerveaux sont capables d’imaginer beaucoup de scénarios.

On croise des îles magnifiques, on leur fait des câlins oculaires avant de se retrouver au milieu du 360° de bleu.

Mise en place des quarts : ce sera 3h de veille chacune, dans l’ordre Kiara, Anne, Flore : le premier quart de Kiara se passe sous la pluie … C’est étrange, c’est comme un abonnement pour elle, ou une habitude en tant que bretonne que le nature ne veut pas changer …

En tous les cas quand Anne vient prendre le relais, la pluie s’arrête …

Jour 2, mardi 12 mai :

On est au bon plein, les vagues tapent fort sous le pont et le son est amplifié par le tambour de la yourte. Les embruns sont bien présents et on sort les cirés (enfin Anne et Flore, parce que Kiara, elle, ne craint plus d’être mouillée). Bonheur des premiers quarts sous la toile scintillante, et au petit matin, une jolie croûte de sel a recouvert la totalité du bateau.

On vit en heure UTC, c’est-à-dire, décalées de 4h par rapport à notre rythme des Antilles, soit un soleil qui se lève à 9h et qui se couche à 23h. Rythme auquel se rajoute notre rendez-vous mensuel féminin qui nous permet de jouer avec nos moon-cup, ajoutez à ça une petite vibe nauséeuse chez deux d’entre nous, (on taira leurs identités), tout cela crée un joli jetlag.

Flore, elle, a une énergie de ouf… Bon « énergie de ouf », relativisons : « oh, faut que j’aille faire la vaisselle, c’est dur. Oulàlà, il faut que j’aille fermer le hublot, c’est chaud. Bon là, il faudrait border un peu la voile, deux minutes, je vais concentrer un peu mon énergie… » (j’exagère à peine).

L’horizon à 360°

Jour 3, mercredi 13 mai :

Comme tout allait bien, au sel qui s’accumule sur la yourte, se rajoute un peu de piment :

  • Nous découvrons que peut-être, les deux cabines dans les coques sont un peu plus humides que ce que nous avions découvert jusqu’à présent. Kiara a le plancher qui flotte, et Flore a de la flotte qui coule depuis le hublot.
  • MangeNuage est très ralenti par la mer des sargasses. Ces dernières s’accumulent derrière dérive et safrans. Anne, cette sans-coeur, décide de leur faire croire qu’on vire de bord, pour profiter du moment où le bateau recule face au vent : ça permet aux sargasses de se décrocher, et bim, on reprend 10 nœuds de vitesse. Cette manœuvre est très satisfaisante et deviendra notre routine pour les quelques 24h qui arrivent.
  • Casper n°2, le pilote automatique, attrape un petit coup de froid, et ne maintient plus le cap. Pas de problème, on installe Casper n°1, le pilote référent qui a été réparé en Martinique.
  • Anne a un bobo ridicule au genou, mais qui rougit beaucoup trop et gonfle…
  • Kiara émerge doucement du mal de mer.
  • Flore a faim tout le temps ( je vous assure, c’est problématique)

Jour 4, jeudi 14 mai :

Aujourd’hui, nous sommes assez instables émotionnellement parlant. À la nuit magnifique, peuplées de poissons volants, de surfs à 11 voir 13 nœuds, se mêlent des sommeils bien agités par l’horrible fracas des vagues et l’eau salée qui a très envie de visiter l’intérieur de MangeNuage. Kiara (qui en plus se fait asperger à chaque sortie de cabine) et Flore sont lassées de fuir l’eau qui s’installe dans les coques. Et puis surtout, ce qu’on écope de la cabine bâbord est flippant : deux seaux. Est-ce que notre réparation aurait été insuffisante ? Est-ce que la structure du bateau est faible et ne nous maintient plus en sécurité ? Et si une autre avarie arrivait ? Est-ce qu’on ne serait pas en train de se mettre en danger ? À cela s’ajoute Casper n°1, qui se met en grève : clignotage et sonnerie ….il ne fonctionne plus. Nous sommes le soir, la journée est bien chargée, grosse vague de stress.

Anne, ravagée par la réalité se positionne après avoir étudié rapidement toutes les solutions et propose de prendre la destination de la République Dominicaine pour, de nouveau, sortir et réparer le bateau dans un chantier où elle connaît des gens. 600 miles à parcourir et l’allure du bon plein pour atteindre cette destination.

Kiara, de son côté, partage qu’il n’y a pas d’urgence, que la décision est importante et qu’il faut qu’on se repose et qu’on digère l’info pour être le plus objective possible.

Proposition intelligente.

Dans la tête de Flore : Est-ce qu’on change de cap ? On va aux Bermudes ? Ou en République Dominicaine pour réparer ? C’est quoi la météo ? Punaise, pour l’une comme pour l’autre nous serions de nouveau sur l’allure du bon plein, tandis que si on maintient notre cap vers les Açores on est désormais au largue… Choisir de renoncer ? P****n, comme en montagne, c’est tellement dur ? Mais sommes-nous inconscientes ?

Dans celle d’Anne : Quelle décision prendre ? Aller aux Bermudes par précaution avec cette météo forte qui apparaît dans les prévisions ? Accepter ? Poser le bateau en république Dominicaine chez les amis de Denis, changer complètement le futur de ma vie ? Maintenir la transat ? Pourquoi ? Envie ? Engagement face à la société, aux autres, à moi-même ? Je n’ai plus d’énergie ? J’aurais due m’arrêter en Guadeloupe écouter la sensation de lassitude et fatigue ? Facile de me reprocher quelque chose ! Y a t’il une erreur ? Où ? Si MangeNuage coule, que je le perds et qu’on s’en sort en canot de sauvetage, j’aurais des regrets ? Si on continue aura-t’on des problèmes d’électricité si beaucoup d’eau rentre quotidiennement ?

Pourra-t’on vider l’eau et barrer, tous les jours, est-ce trop chargé comme base ? Si une autre avarie se rajoute serait-ce trop lourd à porter pour nous trois ? Que dois-je faire ???

Jour 5, vendredi 15 mai :

Cette nuit, nous avons modifié les quarts. Deux heures chacune car désormais on barre non-stop. On est encore un peu au travers, les vagues tapent et tapent encore. Nos cerveaux jouent au grand huit. Kiara propose d’abattre pour être au largue. Médaille d’or de la bonne idée.

Et c’est parti pour une journée « ordinaire » :

  • barrer, et chaque action qui nécessite de lâcher la barre est une réelle mission qui demande 15 minutes de préparation mentale (dixit Flore)
  • Anne a une idée : rebrancher le pilote n°1 avec un connecteur étanche et un vrai nettoyage du fils électrique jusqu’à du cuivre sain sans oxydation: tadam, ça fonctionne !
  • virer les poissons volants morts qui se sont échoués dans chaque micro recoin
  • amener la vaisselle à Kiara qui est en quart (et qui s’ennuie, parce qu’elle doit juste surveiller le pilote)
  • Anne plonge dans la cabine bâbord pour chercher d’où vient l’eau, identifier qu’il s’agit finalement du puit de dérive et non de nos réparations, mettre un pansement d’époxy dessus, réparer la pompe automatique. Et comprendre ce qu’il se passe à l’avant.
  • Flore charge les mails et la météo de Yann, notre routeur météo, tente de comprendre toutes ces coordonnées et matérialise ses chiffres en points sur notre carte, jour par jour.
  • se reposer (grâce à Kiara, qui garde la veille du pilote et des voiles 6h de suite pour que tout ce bazar advienne)
  • PRENDRE UNE DÉCISION POUR LA SUITE

Sans suspens pour vous : nous relativisons nos avaries, nous exprimons notre confiance mutuelle en notre bordée et nous concluons que nous poursuivons vers les Açores, portées par des vents cléments, semble-t-il.

Jour 6, samedi 16 mai :

Quand tu arrives en quart et que ta collègue barre, ton optimisme te dit « ah, oui c’est bien ; ça économise le pilote en rémission ! ». Et puis là, il faut s’en remettre à la réalité : le pilote est de nouveau HS.

C’est reparti pour barrer, barrer et barrer : on reprend le fonctionnement de 3h de jour, et 2h de nuit. En vrai c’est trop chouette : les étoiles donnent le cap, les filantes font sourire, les constellations narguent avec leurs histoires mystérieuses, la voie lactée paraît si féerique, les vagues nous portent, MangeNuage file avec de jolies pointes de vitesse à 10/11 nœuds, et entre 6 et 8 en moyenne.

Anne trouve un nouveau poste (presque) confortable pour barrer : assise sur l’arrière rond à tribord, la gaffe à la main, elle-même fixée sur la barre avec une chambre à air de vélo.

De jour, on tente de mettre le spi. 10 min de fun. À ce stade, pour plus d’explications techniques, référez-vous à Kiara et Anne. Elles ont mélangé plein de mots « asymétrique, laminaire, border, choquer, hisser, remonter, larme, stable, maintien de cap, abattre » et puis elles ont dit qu’on l’affalait. Flore, ce qu’elle a retenu c’est : « oulala, c’est bien compliqué, c’est mort, vous ne me mettez pas ça la nuit ! ».

Mais, le fait insupportable, l’horreur du jour, qui te ferait abandonner la navigation, ne se logeait pas du tout dans les voiles. Non. Un ananas et un pot de cancoillotte ont décidé respectivement de pourrir et exploser de façon très juteuse et odorante dans chaque recoin de la cuisine. AïeAïeAïe ! Ça pue pue pue ! Récurage de Flore par 3 fois pour amoindrir la pestilence du bordel.

Jour 7, dimanche 17 mai :

De nuit, les nuages rendent la réalité entièrement noire. Anne : « Tout est devenu très sombre, j’avance à 7/8 nœuds très silencieusement avec la mer noire, le ciel gris et noir sans étoile, quelques flash d’éclair très loin, j’ai adoré ! »

Journée plutôt contemplative. Les pailles en queue jouent avec les remous du bateau, le ciel se pare de ses plus belles aquarelles pour dire bonjour au soleil.

Dans la yourte, le mail de Yann nous décide de télécharger une grosse zone météo jusqu’aux Açores sur laquelle nous discutons de la dépression qui devrait nous croiser dans quelques jours : Pépite de Anne « si on ne peut pas atteindre les Açores, on fait route direct vers le Portugal non ? ».

D’ailleurs côté Anne, après plusieurs nuit pendant lesquelles son genou baigne dans de l’alcool à 90°C, avec les antibiotiques pris sans erreurs depuis maintenant sept jours, il semble que c’est PRESQUE fini. Bémol… Flore : « sinon on peut inciser en utilisant un scalpel si ça regonfle encore ! »…

Jour 8, lundi 18 mai :

Il fait gris et nuit noire, quart de nuit pas simple, prise de ris pour celui de Flore, puis à 2h du matin, Flore disparaît dans la coque, Kiara est en poste à la barre, et de nouveau les nuages se dégonflent sur elle. C’est vraiment face à ce genre de situations que le pilote serait bienvenu ; force à Kiara !

10h, Anne prend son quart, le jour est là, certes, mais le seul endroit où il reste du bleu c’est au- dessus de MangeNuage ! Parfait, il joue bien son rôle ce bateau !!!

Anne : « quand j’arrive pour mon quart le vent n’est pas fort, je remets les voiles, par contre il y a vraiment des lignes de nuages noirs partout, comme un grand V et, nous, encore une fois, juste sous la frontière. Petit à petit je vois les lignes avancer, il ne semble pas y avoir de moutons ni de rafales dessous. Je range tout, je ferme les portes. Au bout de quelques minutes grosse pluie, sans vent fort pour l’instant,je pose les sceaux sous le tuyau pour récupération d’eau, c’est cool !!! ».

À 13h Flore sort de la coque sous la pluie avec un sac sur la tête le temps de récupérer son ciré dans la yourte. Et alors qu’elle rejoint la barre, le vent forcit et change de direction, allez, prise de ris, et changement de cap, la dépression est passée, on remet le cap direct sur les Açores !!!

Une dépression, c’est un truc particulier à barrer. Pour les néophytes, ça s’exprime comme :

  • la nuit, tu vois rien, c’est tout noir en haut en bas. Il y a juste le compas qui brille par l’ingéniosité d’une lampe scotchée, là, par Anne.
  • le jour, tu vois rien, c’est tout gris en haut en bas. Il y a juste Anne qui brille par l’ingéniosité d’un équilibrage de voiles pour que Flore scotche le bon cap.
Après dépression !

Dans le yourte, l’odeur du gateau chocolat banane et le plat de ratatouille cuisiné par Kiara vient regonfler le moral à chaque changement de quart, nous avons même un temps parfait et agréable au moment du coucher du soleil au goût de chocolat banane!!!!!

Jour 9, mardi 19 mai :

La nuit nous fait un clin d’œil, de nouveau la magnificence des constellations : petit Lion, Loup, Céphée, Vierge, Capricorne et Sagittaire et tout cela à côté de Scorpion absolument magnifique.

On est au travers ou au petit largue, au bon cap, on file bien. C’est l’autoroute du fun maintenant.

Anne : « Mer formée, vent installé, de 17 à 23 nœuds. J’ai énormément kiffé : barrer travers avec les vagues parallèles que je surf, j’suis montée à 12 nœuds de vitesse avec l’impression de voir le bateau voler ! »

Ciel de traîne. C’est trop beau. Le vent est sec et froid, la houle se lève les embruns se font sentir.

Notre moral est bon, cette dépression ne nous a pas fait peur, la prochaine est loin. Les vagues nous font inventer une multitude de positions différentes pour barrer, barrer et barrer encore. Maintenant, on sort les muscles, les pulls et les bonnets, il est devenu impossible de sortir en culotte pour les manœuvres non prévues !!

Mouvement du bateau

Au coucher du soleil, Flore repère deux souffles de baleines* au milieu des moutons des vagues Anne tente d’affaler les voiles pour les rejoindre, les voir mieux :

* « Baleine !!!

– On affale !!!!

– Euh…

– Non on affale pas ?

– Si, si vas-y affale !

– Ah bah elle est loin maintenant

– Tu la vois encore ?

– Pff, j’aurai dû affaler…. »

Jour 10, mercredi 20 mai :

Vent de nord-ouest, nous arrêtons de chercher le laminaire, la houle est désormais bien levée à 3 voir 4m. On sort les couettes, les cernes et les courbatures. Kiara a investit le dodo dans la yourte car sa cabine a pris cher avec les embruns de nuit (on est bâbord amure maintenant).

Dans la matinée, après un temps de dodo salvateur, Anne invente une nouvelle technique pour se laver les cheveux face à cette température bien trop basse, et ce vent bien trop froid : la tête dans le sceau.

De son côté Flore retourne vider les entrées d’eau : rien de flippant, un demi sceau à tribord et un demi sceau à babord ! Ouf, tout va bien !

Et côté faune ? Un beau paille en queue et des méduses à voile qui sont génial à voir, elles passent à coté du bateau, ce sont les « Galère Portugaise ; physalia physalis » elles sont violettes, et donne même l’impression de soulever parfois leurs voile !

Jour 11, jeudi 21 mai :

Des vagues, mama, toujours plus grosses, dans la nuit noire noire noire. Barrer, Kiffer, Fatigue, Dodo, Soleil, Barrer, Kiffer, Fatiguer….On barre, on rêve de barre, on mange des barres, on a mal à la barre, on est câblées pour barrer. Comme une lassitude qui apparaît…

Des dauphins et des thons saluent nos efforts.

Jour 12, vendredi 22 mai :

Une groupe de dauphin qui passe avec même l’un d’entre eux qui saute, cadeau du matin!

Les hublots ouverts sur un air sec ! La matinée à coup de crêpes tenté par Anne, juste trois par personne c’est pas assez, la prochaine fois il faudra faire plus !

Le vent diminue petit à petit et dans le journée le spi apparait. Réglage pas évident entre le cap et le spi qui doit tenir. Nous parvenons à le garder jusqu’à 22h avec des retouches régulières. C’est une autre forme de fatigue, et nous ressentons une belle lassitude le soir quand nous l’affalons.

La nuit tombe, nous avançons à 3 nœuds au largue.

Jour 13, samedi 23 mai :

La pétole nocturne, c’est un peu difficile, parce qu’il faut lutter pour ne pas s’endormir à la barre.

Anne : «  je culpabilise un peu de demander à tenir les quarts, mais avancer juste 10 miles en 10h me semble important pour la suite … »

Le sommeil sous pétole est si doux, si profond, plein de rêve (Flore part pour le Vendée Globe en oubliant ses crayons de couleurs).

Le matin est splendide : jour qui se lève sur un mer plate et lisse comme la peau d’une baleine, pas un brin d’air. Gris, bleu, noir, c’est splendide.

Que c’est bon ! Le miroir d’eau bleu appelle à se baigner (de façon plus ou moins détendues). Chacune notre tour nous plongeons notre corps dans cette immensité sous nous, 5000m de distance jusqu’au fond ! On peut faire confiance à nos cerveaux, ils fonctionnent bien et nous imaginons des milliards de choses. Comme un grand vide, comme dans un rêve !

Le moment de pétole continue, on arrive enfin à manger toutes les trois ensemble, et alors que Kiara plonge dans sa cabine pour un sommeil réparateur, Flore et Anne se motivent pour tenter une réparation des pilotes. À coup de moteur nous tournons sur nous même pour les recalibrer Casper 2 ni comprends toujours rien, par contre Casper 1 semble se réveiller et parvient de nouveau à voir le nord au nord et le sud au sud ! Bingo ! Il fonctionne, on y croit ! De toute façon pour l’instant il n’y a pas de vent, et Anne refuse d’avancer au moteur ! Le pilote est donc en stand by le temps que le vent revienne : patience et longueur de temps font plus que force ni que rage !

Flore décide de monter en haut des mâts, pour le kiff, voir l’horizon d’un peu plus haut, un peu plus loin. Et quel cadeau !!! Un banc de dauphins rejoint le bateau, joue un peu autour, avant de continuer leur chemin. Non mais la pépite ! Les voir si bien d’en haut et pour Anne qui a plongé, si bien dans l’eau. Wouaah ! Franchement, un bijou de cette transat (on vous met même une petite vidéo de tout ça).

Visite des dauphins, vue d’en haut !

À la tombé de la nuit, 5 nœuds de vent nous font avancer à 3 nœuds … Please que ça continue …

Jour 14, dimanche 24 mai :

Au bout de 36h de pétole, avec une autre goût de vie que celui de barrer, le vent revient. À 13h, alors qu’une barre de nuage noir apparaît, la trapitaine remet sa capette, et voilà Kiara et Flore à sauter d’un bout à l’autre à border, choquer, ariser, blablabla.

Ambiance venté !

15 à 18 nœuds de vent, allure travers, on avance à 9/10 nœuds, c’est bien. Pour la suite prévision pluvieuse, ça va être chiant.

Jour 15, lundi 25 mai :

On est au bon plein, on fait un cap pourri sud-est, parce que le vent est nord, nord-est. Welcome les embruns, vous ne nous aviez pas manqués. Les manœuvres deviennent arrosées, barrer, c’est se mouiller. Kiara et Flore viennent dormir dans la yourte. On s’y cloisonne quand on n’est pas de quart. Quarts qui sont d’ailleurs passés à toutes les deux heures même en journée. C’est la cabane de la soirée fiiiiiiiilles (Flore est toute excitée).

On a une stratégie : tracer vite, même si on descend sud, pour récupérer une zone de pétole où, on mettra les moteurs sur 30 miles (déso Anne…) pour attraper un énorme couloir de vent sud-ouest.

Donc, on souffre bel et bien à aller sud. On arrive à ladite zone de pétole sur une passation de quart entre Kiara et Flore vers 12h. On tente un réglage de bateau. Les vents font n’importe quoi (on est en avance par rapport au lieu de la prévision théorique), on décide d’installer les moteurs. On tente de les démarrer, mais là Bim ! Le vent tourne et s’installe en sud-est puis sud-ouest. C’est parti pour le grand largue qui file vite (entre 8 et 10 nœuds).

Mais qui dit vent qui forcit (force 5 à 6), dit houle qui suit, et croisée s’il vous plaît !

Au coucher du soleil, le vent forcit encore, on atteint le 27 nœud de vent apparent au largue …. Pas évident de maîtriser les vagues qui passent, visite de dauphin qui nage à la même vitesse que le bateau qui surfent jusqu’à 13/14 nœuds. Anne prend soin de réduire la voilure quand Flore arrive, pour que les conditions soient maîtrisables. Mais avec un vent établi à plus de 20 nœuds, des rafales à 27, une houle avec des murs d’eau (4m pour nous c’est un mur), les pentes de descente sont raides, la barre demande du contrôle quand le bateau dérape. Ça passe mais avec le trouillomètre dans le rouge pour Flore. Anne passe une tête par la porte « à la fin de ton quart on installe le yankee ». Flore les attend avec impatience, après changement de voilure Kiara prend son quart. C’est plus simple de barrer.

Jour 16, mardi 26 mai :

À 02h00 du matin, Flore se réveille pour prendre son quart, deux heures trop tôt ! Erreur de fatigue …

Les quarts se suivent mais ne se ressemblent pas. Les émotions qui vont avec non plus.

Le coucher de lune est splendide, et même si quelques nuages gris passent, le ciel étoilé ensuite est de nouveau scintillant. Et le quart suivant ? Pur bonheur, le vent a faiblit (bon toujours de bonnes rafales mais rien à voir), la mer a diminué, la houle porte le bateau. Presque ce serait un peu mou maintenant. Flore adore ce moment, les étoiles la félicitent.

Au matin on approche, il reste environ 200 miles, si tout va bien, on arrivera mercredi en milieu de journée. Anne relance des crêpes en en faisant deux fois plus. Kiara, elle, nous cuisine un plat en sauce à goût d’igname et de chou, délicieux qui réchauffe le corps de l’intérieur !!!

Tout est encore humide, les fringues sont mouillées c’est dur de se rhabiller à chaque quart…L’arrivée qui approche, ce sont les petits désagréments qui prennent de l’ampleur avec la fatigue : humidité, crasse, froid, lassitude de barrer, inconfort…

L’arrivée qui approche, c’est aussi l’urgence de saisir les petites pépites de chaque instant, ce ne sera pas tous les quatre matins qu’on va transater, qui plus est sur MangeNuage.

Le jour passe, le vent est établit, jusqu’à 25 nœuds avec la mer formée.

Coucher du soleil

Le vent forcit pendant le quart du magnifique coucher de soleil , encore et malgré des surfs jouissif pendant une vingtaine de seconde Anne décide de réduire la voilure. Quand Flore arrive on passe sous tourmentins (sorte de voiles miniatures, qu’on dirait sorties d’un coffret playmobil). C’est l’heure du «  presque dernier quart ». On savoure nos petits rituels : le dernier paquet de crackers ou ricola à la barre.

Jour 17, mercredi 27 mai :

Et puis le soleil vient nous souhaiter la bienvenue, Anne explose de joie à la vue des terres (attention, si t’es myope, tu peux pas les voir encore).

TERRRE

La mer se calme, le vent se pose à 15 nœuds au portant, vitesse de croisière, toutes voiles dehors (la classe). Et puis, souffle de baleine à bâbord, à tribord, bancs de dauphins, nuées de puffins à gauche, droite, dessus.

Le port nous surprend tellement il est proche ! On entre, direction le ponton gazole sous les conseils de Yann. Le vent est bien présent pile en face de nous. Anne s’y reprend à trois fois pour être précise à l’amarrage. Très jolie manœuvre. Kiara lance l’aussière pointe avant à Yann, Flore la pointe arrière à un marin présent sur le quai.

Arrivée à quai

Ca y est , on descend à quai, les bras sont grands ouverts, les yeux se mouillent un peu, les dents sont étincelantes.

Putain on l’a fait quoi ! Et comment ? Quelle fierté, merci, merci et merci à nous trois.

L’arrivée :

Yann nous attend les bras chargés d’attention pour nous accueillir, des mots croisés ou d’amour des gens qu’on aime, des fleurs et une énormes tarte au citron (entre -beaucoup beaucoup- autre). Clearance effectuée, nous sommes sur liste d’attente au port. Mais une dépression bien costaude arrive. On part au mouillage rejoindre 50 autres voiliers.

D’abord c’est tétris pour trouver une place. Parce qu’on est très très proche d’un autre voilier, on se fait pardonner à coup de tarte au citron. Ça ne suffira malheureusement pas à soulager la déesse du port.

Cette nuit, sensée être réparatrice devient un cauchemar. Anne se réveille à 1h du matin, repousse les voiliers alentours pour éviter les collisions. Elle nous appelle en renfort vers 3h pour lever le mouillage. Pas de place, nulle part. On n’est pas les seules à veiller. Nombreus.es sont les marins en salopette de quart à côté de leur barre, moteur allumé. On file à l’avant port. Le vent souffle à 23 noueds de face, en cherchant, on passe de 6 à 1 mètre de fond. L’angoisse. Puis on met l’ancre. Ah là ça tient, mais pour sortir l’annexe, les vagues sont bien formées et on doit aller pile contre le vent.

Ah oui, parce que à cause de ce coup de vent, Kiara, qui a besoin de ne pas trop tarder à rentrer en France n’a finalement pas le choix, c’est au petit matin qu’elle doit nous quitter pour le dernier vol. Il nous reste donc 2 heures.

On redémarre les moteurs, cherchons un mouillage plus proche. Tentative ? Ça dérape ! Anne dit « rien à faire, on retourne au ponton gazoil ». On arrive, jetons les amarres, évacuons le sac de Kiara. bref au revoir, le taxi est là.

(petit demi-tour, elle avait gardé la télécommande du guindeau).

On sécurise l’amarrage avec Anne. Le vent forcit. Puis deux personnes en responsabilité du gazole viennent nous demander de partir. Anne reste campée sur sa décision : on a tenté, c’est de la sécurité que de se mettre là. Ils menacent d’appeler la police maritime.

Et puis finalement, rien ne se passe. Un agent portuaire vient nous voir par curiosité, puis de même pour la douane. Il semblerait que nous soyons tolérées le temps du coup de vent.

Anne parvient enfin à dormir un peu. Le bateau se transforme par la baguette magique de Flore en un endroit sec, confortable et qui sent bon. La nuit qui arrive annonce encore de belles rafales. Nos sommeils sont agités : Anne allume l’ordi pour rassurer son cerveau que nous sommes au port, quant à Flore, elle se réveille plusieurs fois pour aller barrer.

Au petit matin, Anne se fait réveiller par le réparateur des pilotes automatiques Raymarine et constate avec stupeur qu’il ne reste plus qu’un seul toron sur l’amarre de la pointe arrière, la protection a glissée.

C’est donc notre première journée pépouze qui s’annonce : nous sommes invités à prendre place à couple contre un catamaran dans le port, puis la pluie, non stop, s’installe. Ça y est, on peut commencer à essayer de s’ennuyer ! (…ça n’a pas encore marché….)

8 Comments on “La transat des warriors (ouai ouai!)

  1. olalalalaaaaaaaa mais quelle aventure les Filles !!!!!!!!!!!!!!!!! la boule au ventre en vous lisant…
    Mais comment vous faites pour être si fortes ?????? Loin très loin d’imaginer tout ça, le genou, les fuites, les pilotes automatiques en panne, les dauphins les baleines, le vent fripon, les clins d’œil aux étoiles
    Chapeau bas les navigatrices de ouf ! Abasourdie je suis !

  2. Merci à Pierre et à Yann qui savaient tout en live et qui ont gardé pour eux jusqu’à l’arrivée
    Cœur Cœur Cœur

  3. Bravo les filles, mille fois bravo!! c’est génial de vous lire et les parenthèses dessinées sont exquises!! J’espère voir naitre une bd de cette folle aventure!
    A bientôt, profitez!!!
    Mag

  4. Engagement…..courage…..solidarité…..exploit……admiration…….Respect…..vous l’avez fait. Bravissimo vous êtes allées jusqu’au bout de vos rêves.
    Anxiété..exaltation..contemplation (de la nature)……. fatigue….ascenseur émotionnel : nous vivons tout ça par procuration.
    Merci pour ce compte-rendu bien fourni en vidéo et BD trop rigolotes.
    Encore une fois merci les filles de nous faire vivre un peu de votre vie d’aventurières.

  5. WAOUWWW mais quelle aventure!!!!! Bravo a toutes et aussi au staff a terre . Merci pour le partage de vos mots , photos , video et croquis .
    Anne , j’espéré qu’on se verra bientôt .
    bises et encore bravo
    j-marc

  6. BRAVO!
    Belle expédition. Trop sympa (et amusant) de lire vos récits et le déroulement de cette première transat.
    Une très belle aventure humaine de marins.
    Plein de bisous.

  7. Un grand merci pour vos commentaires qui font chaud aux coeurs !!!!!!
    Trop bon de vous lire et nous sommes ravies de savoir que vous vous êtes régalés à la lecture !!
    Anne, Flore et Kiara !

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