Açores en solitaire

Açores en solitaire
Départ TOPO Sao Jorge3

Nous sommes donc le 28 juin ; à Horta, Nathalie débarque et rentre en France, Garance débarque également, passe quelques jours sur place et rentre en France. Mon rendez-vous avec les prochains équipiers, des amis de Sète, Siphay et Romain, est prévu autour du 3 ou 4 juillet pour un départ le 7 direction Aveiro au Portugal. Au vu de la météo à Horta, je mets à la poubelle le temps que je voulais prendre pour moi, tranquille, pendant deux, trois jours. Le vent est vraiment de face, ça ne pourra pas être en direct jusqu’à São Miguel. Il va falloir que je fasse une escale à Terceira.

Je décide de partir seule, plutôt que chercher et former un nouvel équipier pour seulement deux jours. Le 30 tôt le matin je pars. Déventée au taquet par « el Pico » j’avance de quelques miles au moteur pour aller chercher le vent. Et puis, c’est parti pour tirer des bords entre l’île Pico et l’île São Jorge, assez vite, le pilote automatique me lâche (encore, et m…..), je dois barrer.

Les heures passent, je fatigue et BANG, je tourne la tête et aperçois une grosse tortue qui vient de se cogner au safran bâbord .. Purgeon, pauvre tortue, j’espère qu’elle n’est pas blessée ! De mon côté, le fusible du safran a pété et du coup le safran est libre et la jupe tape… je lance la réparation ; sans pilote … heureusement que le vent n’est pas trop fort !!! je suis dans des galères mais je ne suis pas en lutte ! Ouf !

Au final j’avance bien mais jamais au bon cap, et du coup je n’atteindrai pas Terceiro avant la nuit. Alors qu’il est 19h, et que j’atteins le bout de l’île de São Jorge, je décide de tenter de mouiller quelque part. Affalage des voiles, installations des moteurs. Après une ultime tentative en croisant tous les doigts, le pilote refonctionne !!! Waooouh ! Cadeau du soir !!!

Un tout petit port de pêche récent existe en dehors de toute carte marine, mais franchement, je me présente à l’entrée et estime qu’il n’est pas adapté à mon bateau. Je tourne autour de la petite île , houle qui vient s’éclater dans les rochers, pas envie, puis une petite anse …. mais trop falaisique avec un fond beaucoup trop profond pour mon bateau ; dernière baie, au pied du phare, en zigzagant tout doucement les hauts-fonds, je jette l’ancre.

20h, le lieu n’est pas rassurant, mais je sens que ça ira. Repas, dodo. Je mets une alarme de mouillage sur l’ordi et un réveil à 00h histoire de vérifier que tout va bien. La nuit se passe sans problème et à 4H du mat’ je me réveille, je me sens pégueuse. Je traînasse puis déjeune en attendant le jour. Je préfère attendre le jour pour pouvoir plonger avec un masque en cas de problème en relevant l’ancre.

Premières lueurs, moteurs en marche, je lève l’ancre à la main tranquillement. Tout va bien. C’est parti, je prends le « presque » cap et dois tirer des bords pour aller exactement d’où le vent vient !

Pareil qu’hier, le vent n’est pas trop fort (ouf !), je ne suis pas en lutte, mais il y a de l’action. C’est long, j’en chie toute la journée au plus proche du vent, et à 20h, j’arrive à Terceira, dans une baie bien protégée et magnifique. Je suis crevée, et ravie d’être là pour un dodo bien mérité.

Jeudi 2 juillet au matin, le lieu est magnifique ; les rochers de la falaise se confondent avec de beaux murs de pierre qui descendent vers la mer et un très joli petit quai. Plus loin une grotte ajoute du mystère à la scène. Bon, c’est beau mais avant une balade éventuelle je dois réparer le fusible tribord. Comme chaque fois que je bosse sur les safrans, je pense aux orques et finalement passe une partie de la journée à fabriquer et épissurer 3 fusibles de rechange !!! (toujours prendre de la marge, Pierre je te hais 🙂 ). Finalement pas de balade, j’ai la flemme de gonfler l’annexe et à la nage, l’eau est glaciale ! J’ai été bien refroidie pendant ma plongée en apnée pour vérifier l’ancre…

Après un point sur la météo et les distances à parcourir, en prenant de la marge, il faut que je parte à minuit, donc préparation du bateau et prise de ris en fin d’aprem. Je suis excitée et « inquiète » mon cerveau bosse, révise, pour que tout se passent bien. 00h, je n’ai pas réussi à m’endormir, je me lève, des rafales se sont bien faites sentir, je décide de prendre des ris également sur le yankee tribord.

À coup de frontale, je finis les préparatifs ; démarre les moteurs et lève l’ancre. Je manœuvre, positionne MangeNuage face au vent pour hisser les voiles. Alors que le bateau atteint la fin de la zone déventée et que les voiles se gonflent : Un chkkkkkriiiiiiiiiii soudain et aiguë déchire la nuit …. et pas que !!! Je viens de déchirer la yankee tribord. Et M….

j’suis dég’,

je m’en veux à fond d’avoir fait l’erreur en accrochant les garcettes. LE TRUC à ne pas faire ! Tout ça parce-que je me suis un peu speedée au moment d’y aller …. GRRRRRR.

Bon, je ne peux rien faire maintenant, à part mettre un tourmentin à la place, c’est toujours mieux que rien.

Purée …. je m’en veux !

Je pars, cap correct, presque bon. La mer est loin d’être démontée, mais MangeNuage est quand même bien secoué, normal, je suis au près serré. La journée passe, le pilote (Casper 1er) fonctionne encore malgré les cris causés par son arthrose mécanique, je tire deux petit bord pour ne pas partir trop au sud de l’île « Sao Miguel ».

Je parviens à dormir de 4h à 8h du matin en mettant un réveil toutes les demi-heures pour vérifier l’ensemble, c’est flippant, je n’arrive pas encore à faire confiance au pilote automatique et aux alarmes ; je dors d’un sommeil très léger. Je ne sais pas comment ils y arrivent ceux qui naviguent, seuls, longtemps. Ça viendra sûrement …

Elle est où l’ile ?

Il fait gris toute la journée, je ne vois pas le soleil, l’île met beaucoup de temps à apparaître, j’ai longtemps l’impression de m’être trompée de cap …. 17h, je suis à 18 miles et le vent disparaît : je suis déventée par l’île, la mer est plate : soit je décide d’attendre, de faire confiance aux prévisions qui disent que vers 23h le vent devrait revenir et donc j’arrive « peut-être de nuit », soit j’estime que les moteurs sont quand même des trésors et que contrairement aux navigateurs des siècles passés, je peux encore arriver de jour grâce à eux. C’est entendu, je met les moteurs en place. Je me rends compte que je n’ai pas une grande réserve d’essence, qu’un des moteurs n’a de nouveau plus de ralentis, et là, alors que tout va bien, que la mer est plate et que j’ avance à 5 nœuds, mon esprit part en vrille…. Je remets tout en doute : peur de tomber en panne d’essence, de ne plus pouvoir avancer, d’arriver de nuit, de ne pas réussir à réparer la voile, de ne pas parvenir à Aveiro avant le 16 juillet (date d’engagement professionnel), d’avoir « la galère des orques » pendant la traversée avec les garçons… Bref, quand je suis fatiguée, mon cerveau exacerbe les choses négatives, j’ai envie de pleurer… J’ai un peu de réseau, Pierre répond et cet échange fait du bien.

Finalement j’ai finis par me remettre en action, j’ai rangé les voiles, le bateau et je suis arrivée à Ponta Delgada avec encore … une bonne réserve d’essence.

Bien sur, pas de place au port, il m’a fallut trouver une baie pour le mouillage, j’ai jeté l’ancre, elle a tenue, le bateau était bien. J’ai gonflé l’annexe pour aller chercher Siphay qui venait d’arriver, prêt à rejoindre le bateau et hyper motivé, son sac « presque étanche » sur le dos.

Ponta Delgada Arrivée Siphay

Avant tout nous faisons une pause restaurant. Trop bien de manger, trop bien de se poser, trop bien de discuter. J’ai le corps en « mal de terre », je suis crevée, fière et contente d’avoir réussi. Fin de repas, nous rejoignons l’annexe …. Pour retourner à bord il nous faut un bon moment de réflexion et un sacré temps d’observation de la houle qui vient s’écraser sur le mur de la piscine naturelle. Mais finalement, même si c’est sportif et stressant nous rigolons bien, avec un superbe départ sauté dans l’annexe depuis la surface glissante du bord de la piscine …. et Siphay n’a même pas perdu son sac !!!

AplusDansLeCata

Anne

3 Comments on “Açores en solitaire

  1. Je comprends mieux pourquoi la marine à voile a été abandonnée dès qu’on a inventé des systèmes de propulsion fiables, la nature c’est beau, ça pollue pas mais c’est galère……surtout en solitaire !!!!!
    Une expérience de plus, ça remplit ton sac de marin trapitaine.
    maintenant que tu es de nouveau à Sète on est plus « décontract « quand on lit tes post, mais n’empèche que par moment on aimerait pas être à ta place….
    Encore une fois bravo, pas étonnant que tu figures dans le livre « la navigation au féminin » tu n’as pas volé ta place.

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